Des mesures de soutien à la sidérurgie ont été adoptées et Stahl Gerlafingen a annulé ses licenciements. Le mouvement combatif et solidaire enregistre donc ses premiers succès. Pour nous, à la Grève du Climat, il est cependant clair que la lutte politique n'est pas terminée, ni à court ni à long terme. Pour la lutte future, nous voulons mettre l'accent sur quelques points et enseignements de la campagne menée jusqu'à présent.

Ce n'est pas encore fini

L'Assemblée fédérale a élaboré une des mesures de soutien à l'industrie sidérurgique. Les travailleur·euses et leur lutte ont permis d'obtenir ces avancées. La direction de Steeltec doit à présent respecter les exigences liées à l'aide de l’État. Licencier les travailleur·euses serait une honte et un manque de respect total de la part de la direction.  

L'argument de l'économie circulaire - qui permettrait une production à faibles émissions de CO2 - a été assez déterminante pour l'obtention des mesures de soutien. Cet argument a été porté tout d'abord par la Grève du Climat. Il doit être considéré de manière nuancée : les usines en Suisse sont la solution la plus pauvre en CO2 pour la production d'acier. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont climatiquement neutres, et ces usines ne satisfaisent donc pas aux conditions dont nous avons besoin pour endiguer la crise climatique.

Les bases légales pour une décarbonation des aciéries ont été posées par les décisions du Parlement. Elle doit maintenant être contrôlée et menée à son terme. C'est pourquoi nous demandons la mise en place d'une instance de contrôle de la transition écologique composée d'expert·es, de membres des mouvements écologistes et de représentant·es des travailleur·euses. C'est la seule façon de garantir que les aciéries aillent vraiment vers une - nécessaire - production d'acier climatiquement neutre.

Reste en effet que la production d'acier est centrale pour la transformation écologique de la Suisse, par exemple pour le développement des transports publics ou des énergies renouvelables. Dans cette optique, les aciéries assument une mission publique et devraient donc être propriété publique. D'où notre revendication d'une socialisation de l'industrie sidérurgique. Cela permettrait également de répondre à la crainte de la droite que le soutien actuel aux usines ne soutienne de riches barons de l'acier.

Une politique climatique appliquée et palpable

La politique climatique, ou plutôt le discours sur la politique climatique, est truffée de symboles. Pour commencer, la catastrophe elle-même est toujours représentée de manière symbolique - que ce soit par l'ours polaire ou le glacier en train de fondre. Mais les mesures elles-mêmes sont également incarnées par des symboles - une éolienne par-ci, un vélo par-là, une saucisse végane par là-bas. 

Mais Gerlafingen et Steeltec montrent que ce symbolisme n'a rien à voir avec les exigences d'une politique climatique réelle. L'acier ne représente certainement pas symboliquement un pas vers la neutralité climatique, mais il est en fait indispensable. Le cycle de l'acier est un système concret, palpable, et qui repose principalement sur des infrastructures : rails, fours, etc. L'aciérie n'est pas la seule impliquée, CFF Cargo l'est aussi, tout comme les acheteur·euses potentiel·les.

La lutte autour des aciéries n'est qu'un début. Face à la crise climatique, qui représente un danger pour la vie, la transformation écologique de l'ensemble de l'industrie doit être poursuivie maintenant et immédiatement. Les cycles industriels sont, avec l'énergie et les transports, l'un des principaux leviers pour résoudre la crise climatique. Les procédés les plus divers dans l'industrie doivent être repensés dans le cadre d'une transformation écosociale : matières premières, fabrication, transport, réparation, recyclage - tout cela fait partie d'une chaîne de production et doit être modifié individuellement et collectivement de manière très concrète, palpable, dans le sens d'une neutralité climatique.

Pour cette transformation, on a besoin de ressources, de volonté politique et de connaissances spécialisées. Pour les deux premiers points, le monde politique et les mouvements sociaux peuvent apporter leur aide. Pour le troisième point, deux autres choses sont nécessaires : premièrement, le savoir des scientifiques et deuxièmement, le savoir des travailleur·euses qui connaissent le mieux la production dans leur secteur (et leurs régions). Iels sont les plus à même de traduire les propositions de solutions théoriques en une politique climatique appliquée.

Perspectives à long terme

En conclusion, une perspective à long terme dans la lutte politique pour une vie bonne et durable n'a du sens que si nous ciblons directement les cycles de production. En collaboration avec les scientifiques et les travailleur·euses, ils doivent être repensés et amenés dans une ère de décarbonation.  

Cela vaut pour l'industrie de l'acier comme pour tous les autres cycles - qu'ils existent déjà ou pas encore. L'économie circulaire est une réponse appréciée par tous les partis lorsqu'on parle de la crise climatique, car de prime abord, elle ne nécessite ni taxes ni interdictions. Mais il est illusoire de penser que de tels cycles se forment et se maintiennent simplement par la grâce du libre marché. S'il n'y a pas de volonté de créer consciemment ces structures et de changer en même temps les méthodes de production, l'engagement en faveur de l'économie circulaire est peu crédible.

Les premiers succès dans l'industrie sidérurgique montrent que la pression et la solidarité sont efficaces - et les travailleur·euses et le mouvement écologiste peuvent obtenir des résultats ensemble. La lutte contre la crise climatique ne doit pas simplement être associée aux luttes des travailleur·euses. Car la lutte contre la crise climatique est une lutte des travailleur·euses elle·eux-mêmes. Des actions comme celles de Gerlafingen ou d'Emmenbrücke le montrent clairement.